Témoignages

Réactions de sportifs, de professionnels du sport et de la santé sur la question du dopage et des conduites dopantes, du sport, des conduites à risques...

 

REAGISSEZ A CES TEMOIGNAGES

 

EXTRAITS DES TEMOIGNAGES REALISES AU COURS DE LA COMMISSION D'ENQUETE SENATORIALE SUR L'EFFICACITE DE LA LUTTE CONTRE LE DOPAGE (2013) :

 

  • Patrick LAURE (Médecin et sociologue, spécialiste du dopage et des conduites dopantes, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet) :

"Le dopage sportif ne représente pour moi qu'une conduite dopante parmi d'autres. Je suis l'heureux père du concept de conduite dopante, qui est une conduite de consommation de substance pour être performant, quelle que soit la nature de la substance et de la performance, sportive ou non. [...]

Nous avons réussi à montrer, tant au plan national que régional, que trois à cinq pour cent des jeunes sportifs affirment avoir déjà consommé une substance interdite au cours des six derniers mois. 

S'agissant des sportifs amateurs, nous avons mis en évidence l'importance de l'estime de soi. Les jeunes en situation de mal-être peuvent trouver dans l'usage de substances une solution à leur malaise, du moins le croient-ils. Il peut aussi s'agir de rejoindre un groupe de pairs, qui consomment des substances dopantes. Il s'agit alors d'une sorte de rite initiatique.

Pour terminer, j'en reviens à l'efficacité de la lutte contre le dopage, qui me pose un certain problème. Si nous nous en référons à la théorie des jeux ou au fait social d'Émile Durkheim, nous ne pouvons que craindre que la notion de dopage dépasse l'homme. Nous ne pourrions faire quoi que ce soit pour l'éradiquer. Cela ne signifie pas que nous devons baisser les bras mais il est surprenant qu'aucune évaluation de la lutte contre le dopage n'ait eu lieu jusqu'à présent."

 

  • Jean LAFONTAN (Responsable national du syndicat national de l'éducation physique de l'enseignement public : SNEP-FSU) :

"Le milieu de l'éducation physique peut être individuellement très sportif, mais du point de vue de sa fonction, il prend beaucoup de distance avec le sport. Il développe même une approche très critique du sport. [...]

La lutte contre le dopage y est microscopique puisqu'on y recense douze contrôles. Sur la période 2007-2011, il est fait état d'aucun contrôle positif. [...]

Nous avons aussi des sections sportives dans les collèges, pour quarante-quatre mille élèves. Le thème du dopage doit y être abordé au détour de débats plus généraux." 

 

  • Grégory MICHEL (Professeur de psychopathologie à l'université de Bordeaux II) :

"Il est apparu que les comportements dopants ne sont pas si rares que cela chez les adolescents. Ils ne concernent pas seulement les adolescents engagés dans une pratique d'excellence, mais aussi ceux qui ont une pratique du sport plus récréative. [...]

La prise de produits dopants correspond souvent à une poly-consommation, qui s'étend bien au-delà des produits dopants reconnus. Des facteurs psychologiques, tels qu'une faible estime de soi ou l'anxiété, semblent par ailleurs associés à ce type de consommation. [...]

L'objectif du rapport de l'Académie de médecine était d'aider la mise en place de programmes de prévention du dopage et de lutte contre le dopage. La question du dopage s'étend toutefois bien au-delà du domaine sportif, si l'on en juge par exemple d'après l'importance du culte de la performance dans la société." 

 

  • Antoine VAYER (Ancien entraîneur d'équipe cycliste professionnelles, professeur d'EPS et spécialiste du dopage) :

"Ce n'est pas la première fois que je suis auditionné sur le dopage, sans résultat concret. J'espère que cette fois il en ira différemment. [...]

Je suis allé à deux reprises rue de Varenne. J'ai rencontré un conseiller de Lionel Jospin. La première fois, en 1999, il voulait absolument me « récupérer » pour que je travaille sur le sujet. La deuxième fois, il faisait ses cartons et s'est dit désolé... [...]

En 2007, Bernard Hinault m'a menacé suite à un article sur « les ex ». Si je continuais d'écrire, cela irait mal pour moi... J'ai aussi reçu un mail de Christophe Moreau, qui fera l'objet de l'un des futurs portraits du magazine « Tous dopés, la preuve par 21 » : les menaces visant à me faire taire sont à peine voilées. Je suis droit dans mes bottes. Dans ce milieu, on cherche à nuire à ceux qui parlent. [...]

Avec d'autres résistants, je réalise un magazine qui sera publié dans le monde entier, en Allemagne, en Angleterre, en Australie, aux États-Unis. « Alle gedopt ? » dans la version allemande, « Tous dopés ? » en français, apportera plus d'éléments que des rapports de 1 000 pages et que des contrôles de produits. Nos méthodes pour savoir si un athlète est dopé ne sont pas prises en compte ; elles sont pourtant fiables. [...]

Il faut confier la lutte aux résistants. Je veux bien, en tant que fonctionnaire de l'État, être détaché et remplacer M. Genevois : il n'est pas compétent, il n'a pas les convictions nécessaires et n'est pas à sa place. Il faut connaître le dopage. [...]

Il faut aussi une indépendance des contrôles antidopage. Le mouvement sportif ne doit pas être impliqué, il n'a rien à faire dans la lutte antidopage ! [...]

Les corticoïdes sont, si vous me passez l'expression, une vraie saleté. Arrêtons-les tout de suite ! Ils ont un effet boeuf, comme disent les coureurs, et donnent une force incroyable. [...]

Quant à la caféine, bien que légalisée, ses effets ne sont pas moindres. fet boeuf, comme disent les coureurs, et donnent une force incroyable."

 

  • Stéphane MANDARD (Journaliste au journal Le Monde, spécialiste des questions de dopage) :

A propos de l'affaire Puerto et du principal accusé, le Dr Eufemiano Fuentes :

"J'ai pu m'entretenir avec lui en 2006 et il s'est confié à moi. J'ai eu confirmation qu'il s'occupait aussi de footballeurs de grands clubs. [...]

La réaction des clubs de football a été très vive. Un procès a été intenté contre Le Monde et contre moi-même, en tant qu'auteur principal des articles. [...]

Durant le procès, seuls sont impliqués des cyclistes, et l'on poursuit simplement un médecin pour atteinte à la santé publique -la loi antidopage espagnole n'existant pas encore... [...]

Aucun autre sportif ne sera appelé à témoigner dans le cadre de ce procès, malgré toutes les suspicions, tous les indices et toutes les déclarations des uns et des autres ! [...]

Aujourd'hui, le dopage s'est déplacé vers l'Espagne, avec des médecins dont les noms sont apparus dans le dossier Armstrong, comme celui de Fuentes, ou de del Moral, qui est toujours à Valence et qui n'a jamais été poursuivi...

Le pouvoir sportif est aujourd'hui chargé d'effectuer les contrôles lors des compétitions internationales, notamment sur le Tour de France. C'est là le premier point à changer, qu'il s'agisse du Tour de France, de Roland Garros, de la Coupe du monde de football ou de l'Euro. Il paraît primordial que la lutte antidopage soit confiée à un organisme totalement indépendant, comme les organisations antidopage nationales ou l'Ama, qui pourrait être à même de gérer les stratégies de contrôle, notamment en matière de compétitions, mais également en matière de sanctions. On imagine en effet mal la Fédération internationale de football association (FIFA) effectuer de vrais contrôles, elle qui scie la branche sur laquelle elle est assise ! [...]

On avait retrouvé plus de 240 sortes de médicaments dans la pharmacie de la Juventus dans les années 1998. Zidane répond qu'on lui a prescrit des perfusions de vitamines. Pour lui, il ne s'agissait pas de dopage ! Il avait intégré cette ultra-médicalisation. Le sportif, depuis son plus jeune âge, évolue en effet dans un environnement hypermédicalisé. [...]

On demande aux médecins de reculer le seuil de fatigue, de faire en sorte que les joueurs soient toujours opérationnels. Je pense qu'il faut une véritable médecine du travail dans le domaine sportif, et instaurer des arrêts de travail. [...]

La principale difficulté vient de l'omerta à laquelle on se heurte. Elle s'est considérablement fissurée dans le cyclisme mais, pour le reste, on est face à un mur, notamment dans le football, qui reste le sport où l'on a le plus de difficultés à obtenir des informations... [...]

S'agissant des centres d'entraînement, on entendait dire, lorsque j'étais sur le terrain, qu'un certain nombre de sportifs allaient se préparer à Valence, en Espagne, où se trouve notamment del Moral, qui faisait partie de l'équipe de l'US Postal, et qui a exercé jusqu'à il y a peu à la TennisVal, une académie de tennis. Son contrat avec l'US Postal a été rompu quand son nom est sorti dans les médias, au moment de l'affaire Armstrong. [...]

C'est parfois compliqué : à l'époque, Pierre Bordry avait eu des problèmes avec l'Olympique lyonnais pour avoir ciblé assez fortement le football. Le contrôle inopiné de toute une équipe ne plaît pas... [...]

Je reviens à l'affaire Puerto : si on était allé au bout des choses, c'est le sport mondial, dans son ensemble, qui aurait été ébranlé. Ni les grandes fédérations, ni même l'AMA, n'avaient intérêt à aller au bout des choses. Il est commode de sacrifier les cyclistes : tout le monde sait que ce sport connaît un réel problème depuis quelques années. Ce faisant, on évite de parler des autres... [...]

Notre société veut battre des records, réaliser plus de profits. Tout le monde veut vivre plus longtemps, courir, rester beau plus longtemps, avoir moins de rides. [...]

Après le procès de la Juventus de Turin et le classement du dossier, l'hématologue D'Onofrio a affirmé que plus personne n'enquêterait sur le football. En effet, plus personne n'a enquêté sur le football ! [...] Il faut une véritable volonté. Si on ne veut rien voir, on ne voit rien ! [...]

On demande au sportif d'être un modèle, mais on veut également des performances. C'est selon moi parfois antinomique ! [...]

Je ne comprends pas non plus que les présidents de l'Union des associations européennes de football (UEFA) ou de la FIFA répètent depuis des années que le dopage dans le football n'existe pas ! Ce n'est pas crédible. Brandir des statistiques montrant un très faible taux de positivité n'a pas de sens. Quand on ne cherche rien, on ne trouve rien ! Lors de la Coupe du Monde de football de 2006, il n'y a pas eu de contrôle sanguin. J'ai demandé au patron de l'antidopage de la FIFA pourquoi il n'en réalisait pas, alors qu'on était en plein dans l'affaire Puerto. Il m'a répondu qu'on savait très bien que le dopage ne servait à rien dans le football, et que l'on dépenserait beaucoup d'argent pour rien."

 

  • Bernard LAPASSET (Président de l'Iternational Rugby Board, vice-président du CNOSF) :

"On est par ailleurs dans une situation où les acteurs sont plutôt, vis-à-vis du dopage, dans une situation d'opposition que de partenariat. Pour une fédération, un cas de dopage constitue une menace de sanction lourde et grave. Il s'agit d'un acte qui met la fédération en difficulté. Elle doit se justifier, trouver des arguments. Même si l'athlète est le seul concerné, la fédération doit exprimer des regrets, des remords, éventuellement reconnaître l'absence de contrôle, etc. Le dopage constitue donc une crainte et le contrôle est toujours vécu comme extrêmement négatif. [...]

Le danger existe davantage dans l'hémisphère nord, où les compétitions sont extrêmement nombreuses, entre vie des clubs, championnats, Coupes d'Europe, tournois des Six Nations et tournées de juin et de novembre, durant lesquels les calendriers sont très chargés. [...]

Je crois que les contrôles inopinés sont nécessaires, car ils permettent un meilleur contrôle des athlètes. Il est important de les maintenir. Pour éviter tout malaise, une certaine pédagogie s'impose toutefois. Or, la communication reste basée sur la répression alors qu'on doit plutôt mettre en avant la prévention. Cependant, les médias laissent toujours planer la suspicion. C'est ce à quoi il faut tenter de remédier..."

 

  • Bernard LAPORTE (Ancien Secrétaire d'Etat chargé des sports, ancien rugbyman et entraîneur du RC Toulon) :

"Un mot sur le rugby. La diffusion de certaines informations peut faire du tort au sport. Certes, les rugbymen ne sont pas plus intelligents que les autres et il faut être vigilant, mais je ne connais pas un entraîneur de club français qui serait au courant qu'un de ses joueurs se dope. Quant au dopage collectif, il n'existe pas. Or mon sport est attaqué, montré du doigt. Il y a des cas de contrôles positifs... au cannabis ! Ce n'est pas ça qui risque d'améliorer les performances sur le terrain ! Attention donc à ne pas diffuser des informations qui jettent le discrédit sur ce sport. J'encourage l'ALFD à faire preuve de la plus grande rigueur. L'an dernier, les journaux ont fait état de suspicions de dopage pesant sur deux joueurs du RC Toulon, Steffon Armitage et Eifion Lewis-Robert, or ils ont bénéficié d'un non-lieu. Ils avaient pris un produit codéiné autorisé, qui se métabolise naturellement en morphine. Je le répète, il ne faut pas jeter l'opprobre sur un joueur tant qu'il n'est pas condamné. [...] 

Il y a vingt-cinq ans, quand je jouais, nous prenions tous des cachets de Captagon, sans savoir que c'était interdit. À revoir les matchs, je peux dire que ce n'est pas ça qui nous rendait meilleurs !"

 

  • Jean Pierre de MONDENARD (Médecin du sport, spécialiste des questions relatives au dopage) :

 

"Le dopage est aussi omniprésent dans le football. Gerardo Ottani, un footballeur professionnel de Bologne devenu médecin puis président de la société médico-sportive italienne, mène en 1958 une étude qui révèle que 27 % des footballeurs de la première division prenaient des amphétamines, 62 % des stimulants du coeur et de la respiration, 68 % des stéroïdes anabolisants. Il y a alors un match et deux entraînements par semaine et beaucoup moins d'argent qu'aujourd'hui : le vrai moteur du dopage n'a jamais été l'argent ; c'est l'égo, la compétition. Tant que l'on n'a pas compris cela, on parle en amateur. […]

Dans les années 1950, les douze sommets de plus de 8 000 mètres que compte la planète ont été vaincus par des amphétaminés. Ce fut le cas d'Herzog et de Lachenal lorsqu'ils vainquirent l'Annapurna le 3 juin 1950. […]

A partir des années 1950, les amphétamines ont commencé à pénétrer le monde du sport, l'alpinisme, puis les autres sports comme le football ou le cyclisme. Contrairement à une idée reçue, ce dernier est loin d'être le seul concerné par le dopage. […]

La lutte antidopage ne fonctionnera pas tant que les fédérations en auront la charge. Connaissez-vous un jury d'assises pris dans la famille de l'accusé ? Connaissez-vous un patron d'entreprise qui soit aussi délégué syndical ? […] Les affaires se succèdent, rien ne change, sauf, de temps en temps, les ministres. […]

J'en conclus que les professionnels du sport sont contrôlés par des amateurs. Rien n'était fait dans un sens pédagogique pour rendre la liste compréhensible. […]

Oscar Pistorius, accusé d'avoir assassiné sa compagne, était sous l'emprise de stéroïdes anabolisants, connus pour entraîner ce qu'on appelle la rage des stéroïdes : on devient extrêmement violent, avec des phases d'une intensité extrême. […]

David Howman, directeur général de l'Agence mondiale antidopage (AMA), un ancien compétiteur de tennis néo-zélandais, a déclaré devant l'Unesco en novembre 2011 que sur les 255 000 contrôles réalisés l'année précédente, 36 seulement avaient révélé la présence d'EPO ; il en concluait que la lutte de l'AMA contre le dopage était pathétique. […]

Ce qui me choque n'est pas que Lance Armstrong ait triché, mais que l'on dépense des sommes astronomiques pour n'attraper personne, ou trop tard. […]

Ce que je veux vous faire comprendre, c'est que le dopage n'a rien à voir avec ce que vous lisez dans les journaux. Et ni le monde sportif, ni le monde de l'antidopage ne vous éclaireront sur le sujet. […]

Je suis favorable à une agence mondiale de lutte contre le dopage, à condition qu'elle soit dirigée par des gens compétents. On nomme, aux agences nationales ou internationales, des personnalités qui, la veille, ne savaient pas que dopage ne prend qu'un p : le lendemain, elles sont interrogées en tant qu'experts. Le premier patron de l'AMA, Dick Pound, était un ancien nageur, finaliste olympique, devenu avocat. L'agence a été son bâton de maréchal, pour le consoler de ne pas avoir obtenu la présidence du Comité international olympique (CIO). Or, qui est Dick Pound ? En 1988, lorsque Ben Johnson se fit épingler au 100 mètres à Séoul, il fut son avocat, et plaida qu'une main inconnue avait versé un produit dans son bidon d'eau... […]

Dans les années soixante-dix ou quatre-vingt-dix, les coureurs du Tour, tous jeunes, mouraient cinq fois plus d'accidents cardiovasculaires que la moyenne de la population, qui boit, fume et se nourrit normalement. Le danger, c'est la pratique sportive intense. […]

Lorsque Pierre Bordry a démissionné de l'AFLD, il avait déclaré la veille que la lutte contre le dopage était efficace. Deux jours après, dans Le Monde, il disait l'inverse... […]

Il faut également créer un laboratoire indépendant exclusivement orienté vers la recherche : depuis quarante ans, les sportifs prennent des substances que les laboratoires ne trouvent pas, et les laboratoires cherchent des substances que les sportifs ne prennent pas ! […]

En 2004, l'agence antidopage a retiré la caféine de la liste des produits interdits alors qu'elle est utilisée à cette fin depuis des siècles car on sait qu'au football, par exemple, elle améliore la détente verticale ou la précision au tir. On se moque du monde quand on parle de la lutte antidopage. […]

Les médecins sont en effet un maillon important de la chaîne de dopage. Mais ce sont d'abord des hommes. Comme tant d'autres, ils veulent être l'ami du champion, l'avoir à leur table, être le parrain de leur fils. Ils ont son poster dans leur cabinet. Pour les journalistes, c'est pareil, et certains participent même aux séances de dopage avec les sportifs. Le problème n'est pas le médecin, c'est l'homme !"

 

  • Michel BOYON (Ancien président du Conseil de Prévention et de Lutte contre le Dopage) :

"Comme l'intitulé du CPLD l'indique, nous travaillions selon deux axes : prévention et lutte contre le dopage. Les médias s'intéressaient davantage à ce dernier aspect, surtout préoccupés de savoir si tel ou tel sportif célèbre allait faire l'objet de sanctions.[…]

Toutefois la prévention est plus importante. Reste à trouver le bon angle pour atteindre la cible. L'effet sur la santé est évident, nous le savons, même si nous n'avons jamais pu obtenir aucune étude épidémiologique sur la santé des anciens sportifs. Depuis toujours les sportifs se dopent. La dopette des années trente n'était pas très grave, mais depuis cette époque, des produits plus toxiques sont apparus. Mettre en garde contre les effets sur la santé individuelle, les conséquences sur les reins ou le foie après quarante ans ? Les jeunes ne comprennent pas ce discours. À 18 ans, 45 ans c'est loin : ils veulent « s'éclater », gagner de l'argent, le reste ne les touche pas ! À l'époque il s'agissait surtout du cyclisme. Aujourd'hui semble-t-il, le rugby est aussi très atteint par le dopage. Quant au discours « se doper c'est tricher », tous n'y sont pas sensibles. […]

La prévention est l'affaire de tous. […] Cette sensibilisation, même si son effet dans la durée est peut-être limité, est plus efficace que les grandes campagnes générales sur le thème « il n'est pas beau de tricher ». […]

Désormais, les contrôles sont effectués par les fédérations internationales lors des événements sportifs internationaux, ou avec leur accord. J'y étais très opposé. Jusqu'en 1999 en effet, les contrôles antidopage à Roland-Garros, réalisés sous l'égide de l'ATP, avec le concours d'un laboratoire étranger, sans intervention du laboratoire de Châtenay-Malabry, n'ont jamais révélé le moindre cas positif. Comme par hasard, la première année où nous avons pu procéder à nos propres contrôles, six ont révélé l'usage de substances dopantes. C'est pourquoi la prérogative des organisations internationales en matière de contrôles m'inquiète. […]

Les campagnes de prévention avaient deux angles : la protection de la santé et l'aspect éthique. Sans doute d'autres accroches sont-elles possibles. Mais une campagne isolée, même réussie, avec un slogan fort, ne suffira pas pour créer un nouvel état d'esprit. Il faut s'inscrire dans la durée en mobilisant tous les acteurs : enseignants, entraîneurs, élus, etc. La communication est importante, mais la relation personnelle entre un sportif et son entourage l'est plus encore. Les parents peut-être pas, mais les camarades de clubs plus expérimentés, l'entraîneur ou l'animateur. […]

Certaines chaînes, notamment publiques, sont décidées à agir. Mais il faut être subtil et parler du dopage de façon intelligente et attrayante dans les émissions scientifiques, sportives... La loi antérieure prévoyait des messages contre le dopage pendant la diffusion des événements sportifs : c'est ridicule. […]"

 

  • Marc SANSON (Ancien président du Conseil de Prévention et de Lutte contre le Dopage) :

 

"Le CPLD, autorité administrative indépendante, était, tout comme aujourd'hui l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), présidé statutairement par un conseiller d'État. Je n'ai pas demandé le renouvellement de mon mandat en 2005, évoquant des raisons personnelles sans plus de précisions, afin de ne pas fragiliser le CPLD, menacé dans ses moyens d'existence, voire dans sa pérennité, à un moment où son changement de statut était en cours et où le CPLD entretenait des relations tendues avec le ministre et le ministère des sports, pour des raisons qui ont existé avant moi et qui ont persisté après, aisément compréhensibles mais regrettables. […]

Il faut en tout cas renforcer les actions auprès des jeunes, notamment ceux qui suivent une formation sport-études, en utilisant et en s'adaptant sans cesse aux nouveaux supports ou modes de communication, comme les réseaux sociaux. Il faut adapter le langage, afin d'éviter que les séances d'information ne soient prises à la légère ou comme un pensum. […]

Je conserve un souvenir mitigé des antennes médicales de prévention du dopage, dont je réunissais pourtant chaque année les responsables. Moins d'une dizaine de personnes par an les consultaient, en dehors de la consultation obligatoire à l'expiration d'une sanction disciplinaire pour dopage. Peut-être cela a-t-il changé... Je ne les ai pas supprimées, car cela aurait constitué un mauvais signal, et je n'ai pas eu le temps de mettre sur pied une formule plus efficace ou alternative. […]

Il faudrait également impliquer les laboratoires pharmaceutiques en leur imposant un marqueur des produits dopants, et non une simple icône sur la boîte. Les magasins de sport peuvent également être sollicités. […]

Quant aux relations que j'entretenais avec le ministère et le ministre des sports de l'époque, elles n'étaient pas bonnes, pas plus que celles qu'entretenait avec eux mon prédécesseur ou, ensuite, Pierre Bordry. […]

J'ai le sentiment que le ministre pensait avoir été dépossédé de ses compétences en matière de dopage, du fait de l'existence de cette autorité administrative indépendante. […]

Concernant les moyens, je pense qu'il serait bon que ceux-ci soit augmentés, mais non par augmentation des crédits publics, surtout dans la période de disette que nous connaissons. Il ne serait pas mauvais que l'implication financière de tous les acteurs du sport permette d'augmenter le budget de l'AFLD. Celle-ci est capitale, même si elle peut parfois paraître symbolique. […]

Aucun sport n'était épargné, pas même la pétanque, sport dans lequel les joueurs utilisent souvent du cannabis, qui peut avoir une influence positive sur leurs performances, en les rendant plus zens. De la même manière, un gardien de but pourrait être tenté de prendre du cannabis pour se désinhiber et être plus à l'aise face aux penalties. […] Cela existe aussi à la pétanque ou au tir : les bêtabloquants empêchent de trembler..."

 

  • Pr Philippe-Jean PARQUET (Psychiatre addictologue ; Responsable de l'AMPD du Nord-Pas-de-Calais ; Président de l'IRBMS du Nord-Pas-de-Calais) :

 

"Je m'intéresse à l'évaluation des politiques publiques et notamment aux questions de prévention. L'efficacité de l'action publique impose de définir le problème à traiter, les objectifs, les méthodes, de sélectionner les compétences nécessaires à la mise en oeuvre et, enfin, de concevoir des méthodes d'évaluation de la politique menée. L'évaluation est notre point faible : elle reste à construire. […]

Je distingue le dopage sportif et les conduites dopantes. Ces dernières ne sont pas réservées aux sportifs de haut niveau, ni même aux sportifs licenciés ; elles connaissent un large écho dans la population. J'ai eu l'occasion de dire au Conseil de l'Europe que les conduites dopantes en entreprise étaient un problème considérable.

Le dopage sportif a une définition opératoire : il désigne l'utilisation d'un certain nombre de produits et de méthodes. La légitimité de ceux qui en dressent la liste est un problème en soi. […]

La performance sportive préfigure les conduites addictives et dépendances ultérieures. Les politiques de lutte contre le dopage sont ainsi à replacer dans une politique de santé publique et d'éducation plus large.

La prévention peut être guidée par une approche réglementaire et législative. Le sportif qui prend une licence dans une fédération accepte un certain nombre de règles, auxquelles il se soumet lorsqu'il pratique son sport, participe à une manifestation sportive. La situation est de nature contractuelle. […]. Cette conception du sport est largement d'origine anglo-saxonne : le sportif respecte la parole donnée, non des valeurs sportives. […]

L'approche morale est une deuxième façon d'appréhender la prévention. J'étais intervenu sur le sujet lors d'une conférence organisée par le Comité international olympique à Lausanne : le président Juan Antonio Samaranch m'a dit que mon approche était utopique et que la question centrale était celle de l'image du sport. C'est ainsi que l'on voit fleurir des campagnes de communication du ministère des sports qui stigmatisent les sportifs dopés, qui se voient tatouer « tricherie » sur le front. J'ai quelque réticence face à cette approche et à la stigmatisation dans laquelle elle peut verser.

L'approche sanitaire, enfin : à cet égard, la loi Buffet a marqué un changement radical. Dans nos sociétés, la santé est devenue non plus seulement un concept défini par l'OMS mais une valeur qui mérite d'être respectée pour elle-même.  […]

La prise de conscience, il y a quinze ans, de l'intérêt du sport pour développer la citoyenneté, la santé, le vivre-ensemble fut une révolution. Le choc n'en a été que plus grand lorsqu'on s'est aperçu que le sport de haut niveau pouvait être dommageable pour la santé. Il avait perdu la pureté originelle qu'on lui prêtait depuis Pierre de Coubertin. […]

On a cherché à responsabiliser les fédérations. Or elles ont leurs propres objectifs et il est difficile de contrôler ce que l'on produit soi-même. Par exemple, les sportifs contrôlés positifs doivent être reçus par l'antenne régionale de prévention et de lutte contre le dopage où ils y reçoivent les informations et les aides personnalisées sur le dopage et les conduites dopantes. L'antenne leur donne un certificat règlementaire leur permettant de récupérer leur licence. En réalité, très peu s'y rendent. Les certificats de reprise de licence sont donc délivrés dans d'autres officines. Les cadres des fédérations sont dans une position très difficile, ils sont sans doute pleins de bonne volonté mais hiérarchisent leurs objectifs. Le travail de votre commission contribuera, je l'espère, à lutter contre cette hiérarchisation, car la santé et le respect des règles sont des objectifs d'égale importance. […]

Nous faisons beaucoup de choses en matière de prévention. Au sein de mon antenne, c'est ce qui marche le mieux. Nous intervenons dans les clubs, y compris ceux du troisième âge, les établissements scolaires. La prévention et la lutte contre le dopage ne s'opposent nullement, ce sont des politiques différenciées. Le nom de nos antennes, consacrées à la prévention « et » à la lutte contre le dopage, en témoigne. […]

À mesure que le niveau s'élève, les sportifs sont animés de l'envie de faire mieux que les autres. Puis vient l'impératif de reproduire la performance, maintenir son niveau : car tous les sportifs sont sujets à l'angoisse de ne pas réitérer le résultat établi auparavant. À tout cela s'ajoute l'idée qu'il est logique de prendre des produits, parce que tout le monde le fait. […]

Deuxième problème, l'évacuation de toute vie extérieure, citoyenne ou familiale : hors l'activité sportive, plus rien n'a d'importance. […]

L'image d'eux-mêmes est un autre moteur, puissant. Certains sportifs ne cessent de se demander qui ils sont et ce qu'ils donnent à voir. […]

Cet extraordinaire capital, comment ne pas vouloir le conserver ? La fin de carrière provoque chez les sportifs des dégâts somatiques importants. « Je m'arrête parce que je suis tout cassé » m'a dit l'un d'entre eux. « Que vais-je devenir ? » ne cessent-ils de se demander. « Je n'étais que cela », se plaignent-ils. Comme si toute leur personne était réduite à leur corps sportif. Il faut être très attentif à ces situations. Contrairement à ce que l'on dit, beaucoup de fédérations accompagnent les sportifs de haut niveau dans cette nouvelle phase de leur parcours. […]

La préparation mentale a pour objectif de mettre celui qui s'y soumet en condition favorable à la pratique du sport, et non dommageable pour sa santé. C'est une première approche. Elle est répandue.

Nous sommes bien moins nombreux à nous pencher sur l'aspect psychologique des pratiques sportives, du sport de haut niveau et du quotidien. […]

Ensuite, la rencontre avec les sportifs est assez problématique, car ceux-ci ne sont pas demandeurs de notre expertise. Aucun d'entre eux ne dira qu'il souffre. Sollicités uniquement en aval, pour aborder des cas pathologiques, nous sommes souvent désemparés. […]

Je voudrais que vous compreniez la solitude dans laquelle nous sommes lorsque nous menons cette prévention et cette lutte. Nous sommes très peu nombreux. Beaucoup trouvent notre action positive, mais nous manquons toujours de moyens. L'antenne que je préside me prend une vacation par semaine et occupe un médecin et un psychologue à mi-temps, tout cela pour vérifier les autorisations d'usage des médicaments à des fins thérapeutiques (AUT), accueillir les gens qui ont été contrôlés et faire de la prévention. […] J'ai les plus grandes difficultés à gérer mon budget annexe, qui fait partie du budget de mon CHU. En outre, comme il n'est pas aisé pour tout le monde de se rendre à l'hôpital, j'ai été forcé de m'implanter dans un centre de ressources, d'expertise et de performance sportive (Creps). Quand je pense que mon antenne fait partie des plus richement dotées !"

 

 

  • Marie-Georges BUFFET (Députée et ancien ministre de la jeunesse et des sports, à l'origine de la loi de 1999 suite à l'affaire Festina) :

"Il faut également revenir sur les deux raisons fondamentales de cette loi que constituent l'intégrité physique et psychique des sportives et des sportifs eux-mêmes -la loi de 1999 est, en tout premier lieu, une loi santé publique- ainsi que sur la question des valeurs du sport, mais aussi des limites des performances. C'est une certaine conception de l'humanité que de ne pas demander à des individus d'aller plus loin que ce que leur corps, leur entraînement et leurs possibilités leur permettent !

La loi de 1999 a surtout fait avancer les choses parce qu'elle a donné des structures indépendantes à la lutte contre le dopage. [...]

Il faut également traiter le sujet de l'après-carrière sportive : on ne peut demander aux individus de régler eux-mêmes leur vie ; il faut les accompagner dans cette construction. [...]

Il faut aussi faire oeuvre de pédagogie auprès de l'opinion publique, le comportement par rapport aux performances poussant à aller toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus loin. [...]

Dès qu'on a osé aborder la question du dopage dans le football, les réactions de la Fédération internationale de football ont ainsi été extrêmement fortes... [...]

Enfin, la prévention est au point mort. La lutte contre le dopage et les personnes qui sont sur le terrain ont besoin d'un discours public extrêmement fort pour les accompagner ! [...]

Les autres pressions ont eu lieu au moment des candidatures pour les Jeux olympiques. Elles émanaient de M. Verbruggen, Président de l'UCI et membre du CIO, qui dirigeait la délégation pour les Jeux olympiques de Paris 2008, mais également de MM. Killy et Drut, qui s'en étaient entretenus avec le Premier ministre, demandant que je rédige un courrier indiquant que la loi française ne s'appliquerait pas dans sa totalité au moment de la tenue des Jeux... [...]

On peut estimer qu'un cachet d'aspirine effervescent n'est pas dangereux, mais on accoutume ainsi les jeunes à l'idée qu'il faut prendre quelque chose pour accomplir une performance ! [...]

Il faut bien sûr alerter les jeunes, mais c'est sur l'encadrement qu'il faut jouer. Ceci passe par le ministère et ses personnels, mais cela dépend énormément de la volonté du mouvement sportif de mener ce travail de prévention à l'intérieur des fédérations. [...]

Existe-t-il une capacité d'autorégulation du mouvement sportif international ? Mon intime conviction est que ce n'est pas le cas. [...]

C'est avec les fédérations internationales que nous avons le plus de difficultés. Ce sont elles qui maîtrisent les contrôles sur toutes les compétitions internationales : elles sont donc juges et parties. C'est là le problème. C'est pourquoi je proposais de leur retirer ces contrôles.

En matière de prévention, il faudrait que l'État et le mouvement sportif coorganisent une véritable campagne de prévention, ce qui s'est fait à certaines époques, avec du matériel adapté aux encadrants, aux jeunes, etc. [...]

Je crains que si nous opérons une coupure nette en attribuant la prévention aux fédérations et en réservant les contrôles et les sanctions à la puissance publique, nous déresponsabilisions les fédérations. [...]

J'en reviens toujours à ce mouvement sportif refermé sur lui-même, qui a tous pouvoirs : s'il ne veut pas bouger, il ne bouge pas. Rien ne l'y pousse. [...]

Faut-il sanctionner pénalement les sportifs épinglés pour dopage ? Ma conviction est que ce n'est pas utile. [...]

Mesurons bien les conséquences que cela peut représenter pour un sportif pris en plein milieu de sa carrière -à moins qu'il fasse du recel ou soit convaincu d'avoir forcé d'autres sportifs à se doper. Je suis personnellement pour en rester à la sanction sportive pour celui qui est contrôlé positif, en l'absence d'autres chefs d'accusation."

 

  • Dorian MARTINEZ (Psychologue spacialisé dans le sport ; fondateur de la société Wall Protect ; coordinnateur du N° vert "écoute-dopage" de 1998 à 2011 :

 

" Il existe également un malaise quand 74 % des professionnels de santé, essentiellement médecins et pharmaciens, se disent incompétents en matière de dopage. [...]  Il y a également malaise quand un grand nombre de médias confondent dopage et contrôle positif. C'est une nuance importante. [...] Françoise Lasne (AFLD) ne parle pas de sportifs dopés, mais de contrôles positifs, ce qui est totalement différent : on peut être contrôlé positif sans jamais avoir voulu se doper, au même titre que l'on peut se doper sans jamais être contrôlé positif."

" Certains ministres, ici même, ont eu du mal à définir le dopage. Quelques-uns ont estimé que c'était aux médecins de répondre. Si les ministres eux-mêmes n'y parviennent pas, imaginez la difficulté pour les sportifs, notamment de haut niveau, qui doivent faire la différence entre ce qui est dopant et ce qui ne l'est pas ! » 

" Pourquoi tant de problèmes ? La loi ne protège pas les sportifs [...] cette loi est complexe. Certaines substances sont illisibles. [...] Certains sportifs, notamment rugbymen, ont été récemment contrôlés positifs, alors qu'ils avaient consommé de la codéine ; or, cette substance ne fait pas partie de la liste. Cependant, une fois dans l'organisme, elle peut se métaboliser en morphine et vous pouvez donc être contrôlé positif à cette substance ! Cette liste d'interdictions n'est pas une liste de ce que ne doit pas consommer le sportif, mais la liste de ce que l'on ne doit pas retrouver dans son organisme -ce qui est totalement différent !  [...] La loi est donc complexe et les pièges nombreux. [...] En conséquence, les sportifs ne se sentent pas et ne sont pas protégés. inadvertance. [...] Selon un chiffre qui n'a rien d'officiel, environ 80 % des contrôlés s'avèrent être positifs par négligence ou inadvertance." 

" On peut établir une analogie entre la prévention routière et la législation antidopage, à une nuance près : il manque à cette dernière les panneaux de signalisation ! [...] Si un produit est interdit, on doit pouvoir avoir accès à cette information de manière claire, simple et précise. Sans panneaux pertinents, il est impossible d'apprendre à conduire avec la meilleure loi au monde ! [...] Aujourd'hui, un enfant de dix ans qui utilise nos applications est mieux armé qu'un médecin de Ligue 1 ou un sportif pour vérifier si un médicament peut positiver un contrôle. [...] Ce dispositif ne pousse pas à l'automédication -loin de là- mais à l'autovérification. [...] Je ne suis pas nécessairement favorable aux compléments alimentaires, mais il est clair que 90 % des sportifs de haut niveau en absorbent. Il faut donc sécuriser cette consommation." 

"Les produits dopants que l'on trouve aujourd'hui sur Internet sont « marketés » comme du parfum ou des jeux vidéo. Vous les recevez deux jours après les avoir commandés. Sans éducation à la conduite face aux produits dopants, le passage à l'acte peut être aisé. [...] Il faut donc que l'encadrement aide le sportif -et les sciences humaines sont importantes dans ce domaine- à prendre du recul sur sa consommation et sur son rapport à la performance et à la compétition. [...] J'aimerais surtout que la prévention et la protection des sportifs ne soient pas désorganisées. C'est actuellement le cas et c'est dangereux. 

" On rencontre de plus en plus de psychologues dans les CREPS. Peut-être en faudrait-il davantage dans les centres de formation, les clubs qui forment au football, au basket, etc. Peut-être même faudrait-il que ce soit obligatoire..."

 

 

  • Dr Bruno SESBOUE (Médecin AMPD de CAEN et président de l'ANAMPréDo, l'association nationale des antennes médicales de prévention du dopage) :

"Depuis toujours, nous travaillons avec un maigre budget : environ 600 000€ pour les 24 antennes en 2012. Cette année, les moyens ne seront plus attribués par le Centre National pour le Développement du Sport (CNDS) national, mais par le CNDS régional, et nous nous retrouvons en concurrence directe avec ceux pour qui nous sommes censés travailler, à savoir les comités sportifs régionnaux ! Le résultat est catastrophique : le budget de l'antenne des Pays de la Loire est amputé de 54% ; celui de Basse Normandie sera probablement amputé de 52%... bien loin de la baisse annoncée du CNDS qui n'est que de 7%. Ce ci est en désaccord avec le discours politique qui met en avant la prévention, sans nous donner les moyens correspondants. Il n'y a plus de pilotage national effectif : nous n'avons pas eu de réunion avec notre ministère de tutelle depuis deux ans !"

"Sans moyens financiers, les antennes régionales vont probablement disparaitre [...] ; il faut noter que trois antennes ont déjà ferné."

" La prévention justifie un support humain et financier de la puissance publique en accord avec la volonté affichée d'agir en amont du passage à l'acte de dopage."

"Nous travaillons normalement sous la tutelle du ministère, mais celui-ci n'a pas entrepris beaucoup d'actions depuis qu'il a récupéré cette mission, après la création de l'AFLD [...]. Plus personne ne s'occupe réellement de nous ! [...]. Le Ministère nous oublie, même sur ses affiches ! [...]. Je pense qu'un organe permettant de gérer l apréventin en France, plutôt que de petites actions éparpillées, serait une bonne chose, mais c'est au législateur de le décider !"

 

 

TEMOIGNAGES DIVERS :

 

  • Marie CHOQUET (4 décembre 2000 - Libération) :

"Le sport n'est pas une potion magique. L'erreur a été de trop le valoriser par rapport aux autres loisirs comme la télévision ou les jeux vidéos".

Et bien cette représentation à la peau dure...! Plus que jamais aujourd'hui, le sport occupe une place de premier choix dans les politiques de santé, ce qui nous semble plutôt cohérent. Le problème majeur de notre époque où le "SPORT-SANTE" devient la tendance (ou la mode) de toute politique en lien avec le sport, c'est que trop peu de professionnels et d'acteurs compétents ne sont prêts à accueillir ces dispositifs décidés "arbitrairement" tout en haut de la pyramide de l'Etat...

 

  • Serge SIMON (11 septembre 2000 - Libération) :

"Il faut trouver une alternative aux discours répressifs et, de ce point de vue, on est à l'âge de pierre". 

Et toujours RIEN depuis 15 ans... sauf les acteurs de l'ombre qui rencontrent, suivent et prennent en charge les sportifs et leurs encadrements, le tout dans l'ignorance, le silence et le dédain du Ministère des Sports !

 

  • Jean BILARD (11 septembre 2000 - Libération) :

Au sujet de la prise en charge des sportifs convaincus de dopage, de l'intérêt du suivi psychologique et des services comme le N° Vert "Ecoute-Dopage" et du CAPS de Bordeaux premier centre de ce type en France (sous la direction du Dr Serge SIMON) : 

" Aujourd'hui, ceux qui sont contrôlés positifs se retouvent dans des situations catastrophiques, on se contente de les sanctionner et on les laisse seuls dans leur galère, alors qu'il faudrait leur offrir un soutien pour les aider à s'en sortir". 

Malheureusement RIEN n'a changé depuis 15 ans !! L'inertie du Ministère des Sports est une réalité insupportable pour les acteurs de terrain impliqués dans la prévention au sein des AMPD notamment.

 

  • Jean Pierre De MONDENARD (15 juin 2015 - L'Humanité) :

La lutte antidopage, cinquante ans de course d'obstacle :

« Aujourd’hui, ce n’est pas tellement les lois qui sont à remettre en cause en France, mais ce sont les hommes et les moyens. Prenons l’Oclaesp – l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique –, ils sont quelques gendarmes pour une tâche énorme. S’il y en a un au téléphone et l’autre en RTT, que font-ils ? Quant à la prévention, elle doit être effectivement entre les mains des fédérations, mais si elles ne font rien, elles doivent être sanctionnées par le ministère des Sports. Lequel fixe des objectifs de médailles, tout en allant contre ces objectifs avec la lutte antidopage. On demande au monde du sport de se tirer une balle dans le cœur… Il n’y a que dans les ministères qu’on peut croire à des trucs pareils. Surtout, rien n’avance parce qu’on est actuellement et de plus en plus dans un système de médiatisation où les sportifs et les politiques se font la courte échelle : quand ils parlent de dopage entre eux, ils se flattent et résument ça à un épiphénomène et donc c’est : “Tout va très bien, Madame la Marquise…”.»

 

  • Valérie FOURNEYRON et Yohann DINIZ :

Suite à la diffusion TV (stade 2 du 3 mai 2015) de l'étude de Pierre SALLET sur les limites du système actuel de lutte antidopage :

Valérie FOURNEYRON (présidente du comité médical de l’AMA) : Elle a indiqué "ne jamais vouloir baisser les bras dans cette lutte pour protéger les sportifs propres et leur santé". "Les sportifs ne peuvent pas être des cobayes. On doit pouvoir aller plus loin".

Yohann DINIZ (Marcheur de l'équipe de France, recordman du monde du 50 km marche) : "Il faut se donner les moyens de lutter. Cela passe par la recherche, mais aussi la prévention. Ces images sont édifiantes et choquantes".

 

  • Ecoute Dopage – 29 Octobre 2014 : 

" DOPAGE ACCIDENTEL : ATTENTION AUX MÉDICAMENTS CONTRE LE RHUME ! "  

L'arrivée des premiers froids provoque immanquablement le démarrage de la saison des rhumes. Cette pathologie banale nous amène souvent à consommer des médicaments en vente libre. Mais un produit en vente libre n'est pas un produit sans danger que ce soit du point de vue de la santé ou du point de vue du dopage accidentel. En effet, de nombreuses spécialités pharmaceutiques contre le rhume contiennent de la pseudoéphédrine, cette substance fait partie de la liste des substances interdites par le code mondial antidopage. Parmi les médicaments contre-indiqués aux sportifs en raison de la présence de pseudoéphédrine dans leur formulation, on trouve : ACTIFED LP RHINITE ALLERGIQUE®, ACTIFED RHUME®, ACTIFED RHUME JOUR & NUIT®, DOLIRHUME PARACETAMOL ET PSEUDOEPHEDRINE 500 mg/30 mg®, DOLIRHUMEPRO PARACETAMOL, PSEUDOEPHEDRINE ET DOXYLAMINE®, HUMEX RHINITE ALLERGIQUE®, HUMEX RHUME®, NUROFEN RHUME®, RHINADVIL RHUME BUPROFENE/PSEUDOEPHEDRINE®, RHINUREFLEX®, HUMAGRIP® (Source AFLD). Toutes ses spécialités sont susceptibles de positiver un contrôle antidopage, de plus, leur usage n'est pas anodin pour la santé.

 

Une seule solution pour un accès fiable, pratique et rapide à la liste : les solutions SPORT-PROTECT et notamment l'application GRATUITE : 

  • Geneviève Jeanson

L'ancienne cycliste  dit avoir «adoré» le film La petite reine, inspiré de son histoire faite de victoires, de rivalités et de sa relation explosive avec les produits dopants - qui l'a finalement rattrapée.

«Je l'ai adoré. C'est super bien joué, a-t-elle dit en entrevue à La Presse. Il y a beaucoup d'action. On est toujours au bout de notre siège. C'est très véridique au niveau de l'intensité, des émotions et des événements dramatiques. Je me demandais [en le voyant] comment j'avais fait pour survivre à ça.»

Site La Presse

 

  • Michel D'Hooghe (Président du comité médical de la FIFA)

La FIFA un exemple de lutte antidopage ?

En marge de la conférence médicale organisée par la FIFA à Zürich, le président du comité médical de la FIFA, Michel D'Hooghe, ne voit pas le dopage comme un problème dans le football : "Ce n'est pas que ne voulons pas parler du dopage, mais les statistiques sont excellentes. En excluant Maradona du Mondial 1994, nous avons donné l'exemple."
En revanche, la FIFA a été l'une des dernières fédérations internationales à ratifier le Code mondial antidopage et s'oppose toujours à la localisation des athlètes voulue par l'agence mondiale antidopage.
Source : Le Temps

 

  • Bruny Surin

« Le sport est gangrené par le dopage ». C'est ce qu'affirme Bruny Surin dans sa biographie Le lion tranquille qu'il lancera mercredi prochain. L'ex-athlète olympique prétend que la drogue est partout dans le monde du sport, y compris dans les vestiaires des géants du hockey. Bruny Surin croit que le problème du dopage ne pourra jamais véritablement être enrayé. Malgré tout, le sprinteur dit qu'il ne s'est jamais dopé, même s'il s'est fait offrir des pilules lors d'un entraînement en 1996. Bruny Surin aurait refusé de se doper à plusieurs reprises pour garder la tête haute. Site : canoë  le 26/09/2009

 

 

  • Bob HAzelton

Boxeur américain pendant les années 1970 

Ce boxeur américain s'est nourri pendant des années aux anabolisants. De très graves problèmes d'artérite lui ont valu d'être amputé d'une jambe. Puis de l'autre.

" Puis, quand je suis rentré aux Etats-Unis, mon entraîneur m'a proposé de prendre des pilules pour gagner du poids. Il m'a dit qu'il s'agissait de vitamines très fortes."  " A ce moment-là, oui. Je ne savais rien des stéroides. Et j'étais très jeune. Je lui faisais confiance. Les adultes peuvent faire croire n'importe quoi à des gosses. Et évidemment, moi, je pensais avant tout à ma carrière." " J'ai pris 14 kilos de muscle d'un seul coup. Je suis alors entré dans la plus belle période de ma carrière, avec quatorze victoires d'affilée par KO ; notamment en 1978, j'ai mis fin à la carrière de l'ex-champion du monde des mi-lourds, Bob Foster. Mais tous ces succès, je les dois aux stéroides. Aujourd'hui, évidemment, je me dis qu'il aurait mieux valu que je reste un boxeur médiocre mais que je puisse marcher sur mes deux jambes."

Propos recueillis par Gilles Goetghebuer
 

 

 

  •  Jérôme ROTHEN

Footballeur du PSG réagit aux nouvelles règlementations de l'AMA

" Je suis prêt à accepter toute forme de mesure, je pense que le foot n'est pas trop touché par le dopage, il y a des sports qui sont plus touchés que nous "  " Mais bon, si pour montrer patte blanche il faut se faire contrôler même en vacances, y'a pas de prolème j'irai faire pipi en vacances ". 

 

 

  • Gene TUNNEY

Champion du Monde de boxe 1926-1928*

" Pendant mon entraînement (...) je jouai de malheur. Je me fendis l'arcade sourcilière et me blessai les deux mains. Mon coude gauche, qui me faisait souffrir de temps en temps, me gênait considérablement. Le Dr Robert J. Shéa, un de mes bons amis, qui me soigna pendant mon entraînement, pensa qu'une injection hypodermique de chlorure d'adrénaline, faite au-dessus de l'oeil gauche, arrêterait le sang au cas où ma blessure s'ouvrirait. (...)

Dès les premiers échanges, une double fracture du nez me fit saigner sans interruption. Peu avant la fin du premier round, mon arcade sourcilière gauche se fendit sur une longueur de quatre pouces. Je suis convaincu que la solution d'adrénaline qu'on m'avait injectée avait tellement ramolli les tissus que le premier coup que je reçus m'entama la chair jusqu'à l'os.

Au troisième round, une autre entaille au-dessus de l'oeil droit me voila le regard d'un nuage rouge (...). Mes assistants étaient incapables d'arrêter l'hémorragie de mon artère sourcilière gauche dont l'artère avait été sectionnée et de faire cesser mon saignement de nez. Doc Bagley qui était mon principal assistant, essayait vainement de faire cesser ce saignement de nez en versant sur sa main de l'adrénaline qu'il me faisait respirer. La même opération se répéta après,chaque round. L'adrénaline, au lieu de ressortir par le nez, me coulait dans l'estomac, mêlée à du sang (...) "

Duel dont Gene sort vaincu. 

Extrait de : Tunney G. La vie est un combat. La Nouvelle Revue Critique, Paris, 1934, 252 (128-130, 132)

 

  •  Christophe Basson

Cycliste pro. 1996-2001 (Force Sud, Festina, FDJ)

" J'avais repéré, chaque soir d'étape, une odeur qui me saisissait lorsque je rentrais dans la chambre du masseur. Je n'avais d'abord osé me renseigner sur son origine, par timidité, par peur du ridicule, par prudence aussi. Je pénétrais un monde que je savais rempli de non-dits. (...) La question me taraudait pourtant, aussi obsédante que ce parfum lourd qui flottait dans l'air. Un soir, couché sur la table de massage, je me suis lancé. J'ai adopté un ton badin : "- ça sent un drôle de truc ici. Ca vient d'où?" 

L'homme m'a répondu sans aucune gêne qu'il s'agissait des effluves du Bécozyme (Vitamines B1, B2, B5, B6 PP). Il m'a expliqué que ce complexe vitaminé, injecté par intraveineuse, avait des effets roboratifs immédiats. Il m'a également parlé des Baxter, ces poches relayées à des perfusions que les adeptes se fichaient dans le bras après l'effort. (...) Le soigneur m'a aussi enseigné une leçon de choses cycliste, tout en me triturant les muscles. "- Tu veux essayer le Bécozyme?" La question m'a surpris..."- Il faut que je réfléchisse" Ai-je répondu  "Je verrai".

J'ai tourné et retourné la proposition toute la soirée. Aucun règlement ne s'opposait à de telles injections. J'étais moulu de fatigue après une dure journée montagnarde, passée à remâcher mon impuissance dans un "gruppetto". Le lendemain, je me retrouvais à souquer de nouveau dans un de ces radeaux de sauvetage, loin de ma tête et de mes rêves. J'étais exténué et démoralisé sur la ligne. Le soigneur ne m'a pas rappelé son offre. Cette pudeur m'a évité d'avoir à la repousser formellement. L'aurais-je fait? "

Extrait de : Basson C. Positif. Stock, Paris, 2000. 260 (65-66)

 

  • Jerome Chiotti (Ancien coureur cycliste de VTT)

"D'interminables buffets nous attendaient aux heures des repas. Ca tombait bien : j'étais affâmé comme jamais. Je dévorais tout ce qui me tombait sous la main et je restais pourtant affûté comme une trique. Le regard des autres convives, qui me voyait finir toutes les assiettes, m'alerta. Heures de repas ou non, cochonneries ou pas, j'avalais toute la sainte journée. J'ai appris par la suite que l'hormone de croissance stimulait l'appétit. Cette propriété ne m'avait jamais effleuré l'esprit." 

"J'étais arrivé blindé en Australie. J'avais entamé ma préparation médicale aussitôt après le Tour VTT. Pratiquement un mois à me bourrer de tout ce que proposait le marché. Compte à rebours :

 "J" moins quatre semaines : injection d'EPO (de l'Eprex 2000), trois jours par semaine. Les deux premières par intraveineuse pour accélerer le mouvement et ainsi m'entraîner plus fort et plus longtemps. Pour le début de cette cure, Eric Rijckaert m'avait recommandé de procéder lentement, pour éviter de perdre connaissance. Il avait insisté : au moins cinq minutes pour m'inoculer les 2 millilitres de l'ampoule. A l'EPO, j'ajoutai une injection hebdomadaire de fer et de vitamines B12, mais aussi une ampoule de 2 millilitres de Prefolic injectable en intraveineuse, l'EPO "bouffant" l'acide folique naturellement produit par l'organisme. 

"J" moins trois semaines : toujours mes injections de fer, de B12, de Prefolic et d'EPO, ces dernières en sous-cutané dans le ventre, avec les mêmes fréquences. Je commençais en outre ma cure d'hormones de croissance, deux unités qutodiennes sur huit jours injectées en intramusculaire.

  "J" moins deux semaines : EPO, fer, Prefolic et B12 sur les mêmes bases. J'y associais un traitement plus lourd : testostérone par voie orale les quatre pemiers jours de la semaine, à raison de quatre gélules de Pantestone (...)

CHIOTTI Jérôme De mon plein gré! Calmann Levy  2001  229p

 http://www.active.com/Assets/Cycling/a2+migration/a2+temp/nts_cycling/0426_epoboy2.jpg

 

  • Pelle Svenson

Ancien lutteur suèdois, Champion du monde en 1970

" Je sentis mon énergie décupler deux mois après le début du traitement au testoveron, j'avais rattrapé mon retard sur l'élite mondiale en douze piqûres... "

 

  •  Erwann Menthéour

Cycliste professionnel jusqu'en 1997

"A Monein, j'ai fait des pieds et des mains auprès des autres concurrents pour trouver quelque chose, mais Alain fut le plus rapide. Il s'est procuré deux Centra... qu'il a ingurgité aussitôt! A une demi-heure du départ, je commençais à désespérer, quand mon ami wallon arriva enfin avec la spécialité de son beau pays : le pot belge. La bombe atomique du dopage. Il s'agit d'un mélange d'une dizaine de produits : amphétamines, cocaïne, héroïne, antalgiques... parfois coupés avec des vaso-dilatateurs, des corticoïdes ou des dérivés opiacés, morfine comprise! Efficacité garantie."

"Le consommateurs est très vite accro. Comme pour la drogue, un véritable marché s'est mis en place. Pour appâter le client, le dealer fait des petits cadeaux. Puis le coureur qui revend prend sa commission. Soit en nature : il se sert dans le pot et remplace par un autre produit. Soit en cash, et le prix monte au fur et à mesure que les intermédiaires se multiplient. La dose démarre entre cinq et neuf cents francs et peut monter jusqu'à deux mille cinq cents francs."

"Quand on commence à prendre de l'EPO, on a l'impression que les reins sont deux ballons gonflables remplis d'eau qui ballottent joyeusement dans le bas du dos. On ressent des douleurs aux articulations et des troubles de la vue. Au Tour de Suisse, quand mon taux d'hématocrite est monté à 60%, j'avais des migraines atroces. A certains moments, on est carrément dans un état second. Au Tour du Trentin, un de mes coéquipiers français a failli mourir pendant la nuit. Le sang n'oxygénait plus les poumons et il était en train d'étouffer (...). Aux début de l'EPO, certains athlètes étaient obligés de se lever la nuit et de faire des pompes pour maintenir leur activité cardiaque à un niveau suffisamment élevé."
 

MENTHEOUR Erwann Secret défonce  Ma vérité sur le dopage  JC Lattès 1999 190p

 

  • Antoine Vayer

Ancien entraîneur de l'équipe Festina 1996-1998

"Certains sports se meurent, dont le cyclisme. Mais peu de fédérations peuvent dire qu'elles n'ont pas de problèmes et on ne peut plus dire "On ne savais pas". Les instances du cyclisme seront les fossoyeurs de ce sport si elles ne prennent pas le problème à bras-le-corps. On avait dit que la mort arrêterait peut-être le dopage. Mais non, on va bientôt avoir de nombreux athlètes posthumes... Sur quelles valeurs veut-on que le sport continue ".

Propos recueillis par S. Bordas 20 Minutes, Editions du 22/08/2006.

Il dit, en 2006  " Le sport c'est atteindre ses limites, le dopage les dépasser "

 

  • John Gadret

Cycliste professionnel, équipe AG2R

« Travailler, ne pas se détourner du droit chemin, avoir confiance en son environnement médical, savourer tout le bonheur d'être professionnel en acceptant défaites et victoires ».

« Le travail, le travail et encore le travail ! Il n'y a que ça qui paye. Il faut s'accrocher, chercher à s'améliorer sans cesse, se remettre souvent en question et ne jamais se détourner du droit chemin. La qualité principale est la persévérance, on n'est pas professionnel du jour au lendemain, on gravit les échelons petit à petit. Il faut savoir « galérer » pour mieux apprécier ce que l'on a par la suite. Mais c'est tellement beau que ça en vaut le coup !»

(Propos recueillis en mai 2008 par le Docteur Patrick Bacquaert, Médecin-Chef de l'IRBMS)

 

  • Thomas Voeckler

Cycliste professionnel, équipe Bouygues Telecom, La boulangère et Europcar

"Je suis fataliste..."

 

  • Philippe Gaumont

Ancien coureur cycliste français  

«Je les (NdlR: David Millar et d'autres coureurs anglophones de Cofidis) ai vus complètement défoncés. Ils avaient snifé des rails de poudre, obtenue en mélangeant des somnifères (du Stilnox) et des comprimés d'éphédrine (...). Ils s'amusaient à passer d'une chambre à l'autre, par le balcon, au huitième étage...»«Je crois que Vezzani (un médecin italien engagé par Cofidis) est arrivé en mai 1998. Nous étions en pleine préparation pour le Tour de France et il s'est occupé des coureurs qui allaient le disputer. Il y avait, entre autres, Julich, Livingstone, Rinero, Desbiens et moi. Depuis l'Italie, il nous envoyait en colis express de l'EPO et des hormones de croissance, emballés dans des packs de glace... Nous recevions les produits (...), accompagnés d'un protocole.»«Jo Planckaert m'a clairement déconseillé de me procurer de l'oxyglobine (NdlR: hémoglobine de synthèse, à usage vétérinaire) au printemps 2003, en me racontant qu'il en avait pris quelques semaines avant pour Paris-Roubaix. (...) pendant que Jean-Jacques (Menuet, le médecin de Cofidis) me faisait la perfusion, j'avais la trouille en me disant que c'était un truc pour les animaux. Pendant toute la course, j'ai eu mal au ventre», lui aurait dit Planckaert.
 

«J'ai ingurgité tout ce qu'il (un médecin) me donnait sans poser de questions. J'avalais tout ce qui était susceptible de me faire avancer plus vite. A aucun moment, en dix ans, je n'ai imaginé qu'on pouvait faire du vélo autrement.» «Pendant l'hiver ( 94-95), je m'allumais au pot belge. J'ai demandé aux anciens, si ça n'allait pas me griller... mais ils me rassuraient. (...) plus tard, j'ai commencé à prendre des amphétamines pour disputer la tournée des critériums (...) puis pour aller à l'entraînement. L'engrenage était terrible.» «Beaucoup de coureurs n'avaient plus de limites et abusaient dangereusement du produit (l'EPO). (...) En 1995, un des leaders de l'équipe Castorama avait failli mourir sur le Tour d'Italie. Son sang ressemblait à de la bouillie et un des soigneurs avait carrément dû le saigner...»«Ils (les coureurs étrangers de Cofidis en 1997) n'utilisaient des produits interdits que pour améliorer leur performances. Nous, Français, non seulement on se dopait, mais en plus, on se défonçait régulièrement à coups d'amphétamines et de pot belge...»
 

GAUMONT Philippe  Prisonnier du dopage  Grasset et Fasquelle

 

  • Jean-Marie Leblanc

Directeur de la société du Tour de France de 1989 à 2006.

Il revient sur sa carrière, son parcours de directeurs du tour, et sur le dopage dans le cyclisme - (10/12/2007)....

 

 

  • Juninho

Footballeur et milieu de terrain de l' Olympique Lyonnais

Juninho s'est exprimé dans le journal sportif "So Foot" sur le dopage dans le football. Il estime que les contrôles antidopages sont rares en ligue 1. Selon ses dires, cela permettrait à des joueurs d'en profiter.

"Les joueurs devraient être plus contrôlés. Il devrait y avoir des contrôles tous les week-ends.Parfois c'est vrai, en regardant certains adversaires, j'ai eu des doutes. Plusieurs fois même. Il y a dans leur regard une agressivité qui n'a pas l'air naturelle."
(Samba Foot - 02/10/2006)

 

  • Serge Simon

Ancien joueur de rugby à XV français; Médecin et ancien responsable du Centre d'Accompagnement et de Prévention pour Sportifs (CAPS) de Bordeaux; Consultant radio (RMC)

"La seule fois où je me suis vraiment 'dopé' remonte à 1985. J'avais 17 ans. Je venais d'intégrer l'équipe de Nice. Mes débuts en première division. J'allais enfin me mesurer à mes 'glorieux aînés'. Nous jouions contre Tarbes. Un ancien me proposa un comprimé de Captagon®, une amphétamine très en vogue dans le rugby de l'époque. J'avais tellement à coeur d'honorer mes débuts dans la cour des grands que je n'eus pas un instant d'hésitation."

("Paroles de dopés" . Paris, éd. J.C. Lattès, 2000. 210 p (p 12)]

 

 

  • Christian Prudhomme

Directeur du Tour de France depuis 2005

"On se fait massacrer! Il y a une hystérie médiatique autour du dopage. Je n'ai aucun soucis pour en parler mais on ne peut pas perler que de ça..." (...) "Nous n'avons qu'une obsession, défendre ce monument du sport. A ce titre, c'est bien que, cette année, les contrôles soient diligentés par l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD), un organisme indépendant qui fait son boulot sans être juge partie." 

Propos recueillis par C. H., J.-J. E. et D. R. le 04/07/2008.

 

  • Jacques Fouroux

Ancien capitaine du XV de France (période 1970-80)

"Mais quand j'étais joueur, je me suis dopé ! Avant d'entrer dans l'arène, je me mettais des cotons de Synthol dans les narines et je prenais deux cachets d'aspirine vitaminée. Au bout d'un moment mon corps n'a plus voulu supporter car, maintenant, je suis allergique à l'aspirine."
(France-Soir, 13/01/2001)

  

  • Roger Blachon

Dessinateur humoristique et ancien capitaine du PUC Rugby

"Je me rappelle qu'à la mi-temps, on nous distribuait des pastilles de glucose. Nous les avallions sans nous poser de questions. A posteriori, je me rends compte qu'on aurait pu nous donner n'importe quoi. Nous nous contentions, en guise de drogue, de respirer du Synthol."
(L'Equipe, 30/11/1989).

 

  • Richard Virenque

Ancien cycliste professionnel (Impliqué dans l'affaire de dopage au sein de l'équipe Festina en 1998)

"On est dans une logique de performance, chacun fait en sorte d'être à la limite de ses possibilités, mais aussi du règlement. En sport automobile, chacun effectue ses réglages à la limites du réglement. "


(L' Equipe magazine 13/01/2001).

 

  • Dr Jean-Paul Escande

Pr. de Dermato-vénérologie - Spécialiste de la Méd. du sport

" Puisque ce qui se faisait ne marchait pas, j'ai dit : " Laissons les médecins faire de la médecine, examinons les athlètes et arrêtons de chercher dans les urines des choses qu'on n'y trouve pas". Se contenter des analyses d'urine, c'est comme si un type qui a une bronchite vous envoyait son mouchoir par la poste pour que vous fassiez votre diagnostic ! Mais pendant mes six ans de présidence, on fera mine de ne pas comprendre ce que je dis..."
(Eric Maitrot : "les scandales du sport contaminé".2003)

" Je ne suis pas persuadé que le dopage soit toujours très efficace. Beaucoup d'athlètes courent peut-être de grands dangers pour un résultat en fait nul. L'effet placebo, c'est l'effet que déclenche en vous un produit qui, théoriquement, ne fait rien mais qui, si vous croyez en lui, peut faire énormement. Nous, médecins, nous savons très bien qu'un médicament ne fait jamais d'effet à tous les coups. Un médicament ne marche pas chez tout le monde. "


(l'équipe-27/09/1997)


 

  • Dr Patrick Laure

Médecin conseiller de la DRJSCS de Lorraine ; spécialiste du dopage et des conduites dopantes, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet...

Le docteur Patrick Laure juge qu'un discours sur le seul dopage a peu d'intérêt car il s'adresse uniquement au sportif.

" Or, un gamin de 15 ans, sportif, ca n'est pas son métier. En parlant de dopage, on se focalise sur une liste de produits interdits en oubliant tous les autres. Il est préferable de parler de conduite dopante, c'est-à-dire la consommantion de substances qui permettent d'améliorer la performance, qu'elle soit sportive, scolaire ou autre. En disant au jeune qu'il fait ce qu'il veut mais qu'il doit être responsable de ses actes. "

" Un produit de la performance c'est un produit que l'on prend pour réaliser au mieux un projet professionnnel, familial ou sportif. Les conduites dopantes sont un fait social de plus en plus présent ; en ce sens il y a peu de différence entre le dopage sportif et non sportif. "

(La Croix-23/10/2000)

 

  • Alain Djouad-Guibert

Journaliste, ex-président de l'Association contre le dopage

" Les jeunes qui débutent et qui n'ont parfois aucun diplôme sont sous la pression, y compris familliale : "Mon fils, tu as deux ans pour réussir". Et de citer le cas d'une mère de jeune coureur, travaillant à l'hopital, et qui, par ce biais, procurait à sa progéniture des produits interdits. "


(France-Soir-21/07/1998)

 

  • Marie-George Buffet

Ministre de la jeunesse et des sports 1997-2002

" Les sportifs sont avant tout des victimes : victimes d'un système qui, pour des raisons commerciales, pousse à un calendrier démentiel. " (France-Soir-21/07/1998)

" Plus qu'une tricherie, le dopage est un détournement total de sens et de valeurs, au moment ou l'on attend du sport qu'il construise des repères, du lien social, de la solidarité. " (Le monde-04/08/1998) 

 

 

  • Dr Thierry Hermerel

Médecin de l'équipe de France de rugby à XV

" L'usage de la créatine constitue, au moins sur le plan psychologique, un premier pas vers le dopage. Il implique une dépendance vis-à-vis d'un produit qui améliore artificiellement les performances. " (France-Soir-13/10/1998)

" Absorber 20 g de créatine sous forme concentrée revient à manger 10 kg de viande (...) La créatine a été mise en cause dans les décès de trois lutteurs américains (...) En Grande-Bretagne des cas d'insuffisance rénale à la suite de prise de créatine ont été constatés (...) La créatine peut être produite à partir de farines ou d'abats de provenance animale et cela peut vouloir dire aussi maladie de la vache folle. " (Sud Radio-12/10/1998) 

 

  • Fréderic Nordmann

Préventologue indépendant ; réalisateur de supports et d'outils pédagogiques (films et vidéos) ; ancien sportif de haut niveau 

" Il faut savoir que 20% des patients qui fréquentent le centre Méthadone Monte Cristo sont d'anciens sportifs. En répétant à l'infini les mêmes gestes jusqu'à l'anesthésie, en vivant en groupes fermés, codifiés, ritualisés, sous la conduite d'un entraîneur-père, le sport a fonctionné pour eux comme une première drogue dure (...) A l'arrêt de l'activité sportive, comment compenser la sécrétion moindre d'endorphines et l'apparition de la douleur ? Le sport par nature, fabrique plus de perdants que de gagnants, et personne ne prend en charge le désarroi physique et moral de ces gens jeunes qui maîtrisent, néanmoins, parfaitement leur corps. " (Libération-05/08/1998) 

 

  • Laurent Dufaux

Ancien coureur cycliste, équipe Festina en 1998

" Je considère cela comme du dopage autorisé. Le taux hématocrite est fixé à 50% ? Alors on fait en sorte de rester sous la limite. " (l'équipe-28/07/1998) 

 

  • Jean Michel Faure

Docteur ès Lettres et Sciences Humaines

" C'est l'espace sportif ou interviennent directeurs sportifs, médecins et sponsors, qui crée les conditions du dopage. (...) L'éthique du sport ne concerne pas seulement celui qui a été pris la main dans le sac, c'est bien l'organisation globale de l'évènement sportif, dans tous ces aspects, qui crée les conditions du délit. " (Ouest France-19/07/1998) 

 

  • Willy Voet

Ancien soigneur de l'équipe cycliste Festina

" Presque tous les coureurs étaient demandeurs. Disons 80% de l'équipe. Ils ne pouvaient pas faire autrement. C'est le système qui avait décidé à laur place. Leur conscience individuelle était bouffée par la dynamique de groupe. " (l'Equipe-02/10/1998)

 

  • Daniel Bravo

Ancien footballeur

" (A Parme) comme partout, on nous faisait des piqures de vitamines et, pour moi, il n'a jamais été question d'autre chose. Mais il peut y avoir un problème avec les produits que l' on y placait. (...) Les titulaires recevaient systématiquement des piqures chaque jour de match (...). Si tu ne le faisais pas, tu allais contre le club. " (l'équipe et France-soir-03/10/98)

 

 
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De Mondenard Jean-Pierre; Extrait du Dictionnaire du dopage, Substances, Procédés, Conduites, Dangers
 

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"Je ne peux pas faire de trêve..." 27/02/12

Article sur l'addiction au sport ( pages 11 à 14)

 
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Article paru dans 'Toute la natation" 15/12/10

"C'est plus du sport"

 
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